Rapport 2018-2019 du Réseau ouest-africain d'épidémiologie sur la consommation de drogues (WENDU) : Déclaration du Directeur Général du GIABA

15/9/2021

A l’occasion de lancement mardi 14 septembre 2021 du Rapport 2018-2019 du Réseau ouest-africain d'épidémiologie sur la consommation de drogues (WENDU), le DG du Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) M. Kimelabalou ABA s’est adressé aux différents participants à travers une communication sur la plateforme virtuelle de la CEDEAO. Nous vous proposons l’intégralité de sa communication. Lisez

"Monsieur le Directeur Général de la Commission de contrôle de stupéfiants du Ghana ;

Monsieur le Directeur Général de l’OOAS ;

Madame la Commissaire en charge des Affaires sociales et du Genre de la Commission de la CEDEAO ;

Mesdames et Messieurs les points focaux du réseau ouest-Africain d’épidémiologie sur la consommation de drogues (WENDU en anglais) dans les Etats membres et en Mauritanie ;

Mesdames et Messieurs les Membres du Réseau Ouest-africain de la société civile sur la toxicomanie (WANCSA en anglais) ;

Mesdames et Messieurs les Membres du Réseau régional des Professionnels des médias sur la prévention du crime et le contrôle des drogues ;

Chers partenaires au développement ;

Chers Participants ;

Distingués invités, Mesdames et Messieurs ;

Je suis très honoré d’être avec vous ce jour, pour participer à cette réunion virtuelle de lancement du plaidoyer du Rapport 2018-2019 du réseau ouest-africain d’épidémiologie sur la consommation de drogues (WENDU en anglais) : statistiques et tendances sur l’offre et la consommation des drogues illicites.

Je voudrais à l’entame de mes propos adresser mes chaleureuses salutations à tous les acteurs qui, de près ou de loin ont uni leurs efforts pour la réalisation de ce rapport, le deuxième du genre après celui publié en octobre 2019 sur la même thématique couvrant la période 2014-2017 et dont la réalisation a été rendue possible grâce à la coopération de la CEDEAO et de l’ONUDC.

C’est l’occasion pour moi de remercier tout particulièrement la Commission de la CEDEAO (représentée par la Commissaire Affaires sociales et genre, Dr Siga Fatima JAGNE qui a supervisé la préparation de ce rapport) et les partenaires techniques et financiers (Commission de l’Union Africaine, ONUDC, OMS et UE) pour l’élaboration de ce rapport riche en informations et qui fournit des données actualisées sur les habitudes de consommation de drogues et les tendances émergentes.

Mes remerciements vont également aux points focaux nationaux et à tous les partenaires nationaux et internationaux qui ont contribué à enrichir cette analyse.

Mesdames et Messieurs ;

Le trafic de drogue est devenu une préoccupation majeure en Afrique de l’ouest. Cela ne fait l’ombre d’aucun doute que les vulnérabilités de la région sont exploitées par les trafiquants. Cette situation a des implications considérables pour le blanchiment de capitaux et l’intensification de la criminalité dans ces différentes facettes dans la région. Le trafic et la consommation de drogues ont de profonds effets négatifs tels que l’intensification de l’abus de drogues et les troubles psychologiques y afférents ; en outre, le trafic de drogue génère des fonds illégaux pour les criminels qui peuvent les utiliser pour corrompre, saper l’intégrité des institutions nationales et créer des distorsions dans l’économie.

C’est dans le souci de faire face à cette menace qui se pose à la sécurité, à la santé publique et à la réputation de notre région dans le monde, que la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO au cours de sa 32e Session ordinaire, a exprimé de sérieuses craintes face à la recrudescence du trafic de drogue dans la région, et donné mandat à la Commission de la CEDEAO de prendre des mesures urgentes pour présenter un rapport sur les efforts déployés pour endiguer la vague. En outre, consciente de l’utilisation dangereuse des produits générés par le trafic de drogue dans le financement du terrorisme, notre communauté a accordé une place de choix à la lutte contre le trafic de drogues dans le plan d’action relative à la lutte contre le terrorisme en sa composante 06.

Mesdames et Messieurs ;
Chers participants ;

L'approvisionnement en drogues illicites et leur usage posent d'énormes défis à notre région. Par conséquent, des solutions durables doivent être proposées pour pallier le manque de données fiables, utiles à la formulation des politiques et l'évaluation des interventions dans la région. Il est impératif que les mécanismes permettant de surveiller l'étendue et les tendances de la demande ainsi que l'approvisionnement en drogues illicites soient renforcés pour des réponses nationales et régionales à la hauteur des menaces.

Le présent rapport 2018-2019 du Réseau Ouest-africain d’Epidémiologie sur la Consommation de Drogues représente donc pour la CEDEAO et ses Etats membres une réponse au besoin de la disponibilité de données valides et fiables sur la consommation et le trafic de drogues illicites. Ce rapport livre des informations factuelles sur les tendances en matière de consommation afin de guider les professionnels et les décideurs de la région pour la conception et la mise en œuvre de politiques adéquates à la question de l’offre et de la demande de drogues.

Mesdames et Messieurs ;
Chers participants

Le GIABA, en sa qualité d’institution spécialisée de la CEDEAO en charge de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme en Afrique de l’ouest, a déjà conduit une étude de typologies sur le « Blanchiment du produit du trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes en Afrique de l’Ouest » aux fins de mieux connaître et appréhender les moyens par lesquels les produits générés par le commerce illicite de stupéfiants sont blanchis.

Cette étude de typologies a révélé beaucoup de vulnérabilités de la région et a montré que le trafic de drogues en tant que crime organisé a des effets dévastateurs sur les économies des Etats Membres de la CEDEAO.

Au nombre des principales conclusions de cette étude, on peut retenir entre autres que :

  1. tous les pays d’Afrique de l’Ouest sont extrêmement vulnérables au trafic de drogue et au blanchiment de capitaux qui s’y rapporte. Cette vulnérabilité est aussi bien liée aux facteurs géographiques, politiques, juridiques, institutionnels, économiques que sociaux. Le vaste littoral est partiellement ou pas du tout surveillé dans la plupart des pays de la région. En général, les frontières intérieures sont poreuses et ne sont pas efficacement surveillées à travers la région ;
  2. le trafic a tendance à se concentrer dans des pays où la situation politique, sociale et économique est instable et les contrôles (des autorités chargées des enquêtes et poursuites pénales) sont faibles ;
  3. le blanchiment de capitaux généré par le trafic de drogue a tendance à être mené dans les pays de la région qui sont stables et dotés d’une économie relativement équitable, dans laquelle les opérations en espèces sont prédominantes et les autorités ont du mal à contrôler les rentrées et les sorties de trésorerie, ainsi que dans certains pays en dehors de la région (de grands pays à partir desquels les chefs des réseaux opèrent et les pays d’origine de certains passeurs de drogue qui ne sont pas de la région) ;
  4. le manque général de capacités pour interdire les drogues illicites, en particulier la cocaïne et l’héroïne, rend quasiment inévitable le blanchiment de capitaux, à cause des opportunités qu’offre le secteur informel pour cette activité ;
  5. il y a un manque général de capacités pour mener des enquêtes sur le blanchiment de capitaux dans la plupart des pays, combiné au fait que ce type d’enquête n’a pas été pleinement intégré dans les enquêtes sur le trafic de drogue dans la plupart des pays. Enquêter sur le blanchiment de capitaux à l’occasion d’une enquête sur le trafic de drogue ne semble pas être une priorité absolue, comme l’indique l’absence apparente de saisie et de confiscation de biens malgré les condamnations de trafiquants de drogue dans la plupart des pays de la région et les importantes saisies de drogues ;
  6. la coordination entre les agences d’investigation et les Cellules de Renseignements Financiers (CRF) lors des enquêtes sur le blanchiment de capitaux liées au trafic de drogue est très faible. L’absence de confiance reste un important facteur de ce manque de coordination ;
  7. trop d’accent sur le blanchiment de capitaux à travers le système financier formel compromet les efforts globaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), en particulier en Afrique de l’Ouest où le secteur informel dominé par les opérations en espèces est la filière préférée pour le blanchiment des produits de la criminalité, y compris du trafic de drogue ;
  8. les entités déclarantes ne fournissent apparemment pas de déclarations d’opérations suspectes (DOS) proportionnés au niveau des problèmes de trafic de drogue dans la plupart des pays ;
  9. la plupart des CRF ne disposent pas d’une expertise d’analyse suffisante pour détecter le blanchiment de capitaux lié au trafic de drogue. Il semble que les CRF mettent davantage l’accent sur le blanchiment de capitaux lié à la corruption ;
  10. le partage transfrontalier de renseignements sur la lutte contre le trafic de drogue et le blanchiment de capitaux qui lui est connexe est pratiquement absent, sauf lorsqu’il y a un incident public qui affecte des pays.
Mesdames et Messieurs ;

Je suis particulièrement heureux d’être témoin du lancement de ce rapport qui, j’en suis persuadé, aidera les décideurs de nos Etats membres à adopter des politiques idoines pour endiguer le fléau de trafic et de la consommation de drogues.

Pour conclure, je tiens à remercier une fois encore la Commission de la CEDEAO pour la coordination dans l’élaboration de ce rapport, les partenaires techniques et financiers et les Etats membres de la CEDEAO pour leur engagement dans ce processus.

Bien que la lutte contre le trafic de drogue ne fasse pas partie du mandat des Organismes Régionaux de Type GAFI, le GIABA est toutefois disposé à coopérer de façon étroite par les études qu’il mène sur le sujet avec les autres acteurs pour protéger notre Communauté du fléau de la drogue.

Je vous remercie de votre aimable attention".

Kimelabalou ABA
Directeur Général du GIABA





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