ANALYSE SOCIOLOGIQUE DU TRIANGLE SOCIO-CONTRIBUTION: POLITIQUE DE L’ILLUSION GUINÉENNE FACE À TOUS LES REGIMES QUI SE SONT SUCCÉDÉS DE L’INDEPENDANCE À NOS JOURS:

6/4/2026

" Le pouvoir en exercice rejeté, celui du passé idéalisé et les regards fantasmés et utopiques sur le pouvoir future, c'est l’illusion sempiternel du peuple guinéen.".
Et si, en Guinée, le problème et le paradoxe tant dénoncés et combattus n’étaient pas uniquement la faute des régimes successifs qui ont gouverné le pays de 1958 à nos jours, mais aussi ceux qui jugent et accusent ?

La question dérange, mais elle s’impose avec une acuité presque brutale lorsqu’on observe notre trajectoire politique depuis l’indépendance avec pour constat: " aucun régime n’a encore véritablement trouvé grâce aux yeux du peuple."
Tous ont été contestés, rejetés, parfois renversés et, pourtant, une fois passés, certains deviennent objets de nostalgie, tandis que les régimes à venir sont investis d’espoirs presque messianiques, avant d’être, eux aussi, voués à la même désillusion.

Ce paradoxe n’est pas anodin, il révèle un rapport profondément ambivalent du peuple guinéen au pouvoir politique.

C’est véritablement le constat alarmant d’un rapport structuré autour d’un triangle dangereux : (1)- rejet du présent, (2)- idéalisation du passé et (3)- fantasme du futur.
C’est cette alchimie instable qui, au-delà des responsabilités bien réelles des dirigeants, contribue à enfermer notre pays dans un cycle d’insatisfaction chronique.
■ LE REJET SYSTÉMATIQUE DU POUVOIR EN PLACE : UNE CULTURE DE LA DÉFIANCE.
En Guinée, le pouvoir en exercice après les périodes d’euphorie et d’enthousiasme des premières heures est presque toujours perçu comme illégitime, inefficace ou décevant.

Quelle que soit sa nature ou son origine, ses résultats ou son bilan, il devient rapidement l’objet d’une critique généralisée. Cette défiance permanente s’exprime dans les discours populaires, les espaces publics et privés, et désormais dans les arènes numériques avec des blogueurs engagés et commis par des opposants eternels ..
Cette posture critique pourrait être le signe d’une vitalité démocratique mais elle se transforme souvent en rejet systématique, où rien n’est reconnu, rien n’est toléré, rien n’est valorisé.
Le temps politique, pourtant long par nature, est compressé par une impatience sociale extrême.

Les résultats sont attendus immédiatement, les transformations jugées instantanément, et les erreurs, même mineures, amplifiées jusqu’à délégitimer l’ensemble de l’action publique.

Ce climat produit une conséquence lourde en fragilisant toute tentative de réforme durable car gouverner dans un environnement où la confiance est structurellement absente revient à construire sur du sable mouvant.

■ LA NOSTALGIE SÉLECTIVE: L’AMNÉSIE POLITIQUE COLLECTIVE.

Mais ce rejet du présent s’accompagne d’un phénomène tout aussi troublant, c’est " la réhabilitation du passé qui avait ete ausdi combattu " . Des régimes autrefois décriés, combattus, voire honnis, finissent par être évoqués avec une certaine indulgence, parfois même avec admiration.

Ce retournement repose sur une mémoire collective sélective. Les difficultés, les injustices ou les dérives d’hier s’estompent, tandis que certains aspects positifs sont amplifiés. L’ordre devient stabilité, l’autorité devient efficacité, et les contraintes d’hier deviennent des repères rassurants dans un présent jugé chaotique.
Il y a là une forme d’hypocrisie politique inconsciente qui est celle qui consiste. à " condamner un système lorsqu’on le subit, puis à le regretter lorsqu’il disparaît.
Ce mécanisme empêche toute lecture lucide de notre histoire. Il nous prive d’un apprentissage collectif pourtant indispensable.
■ L’UTOPIE DU FUTUR : L’ILLUSION DU RÉGIME PARFAIT.

À ce regard déformé sur le passé répond une projection tout aussi problématique vers l’avenir. En Guinée, chaque nouveau régime est accueilli avec un espoir démesuré. Il devient le porteur d’une rupture totale, d’un renouveau radical, voire d’un salut national.

Cette attente, souvent irréaliste, repose sur une personnalisation excessive du pouvoir. On attend des dirigeants qu’ils transforment en quelques années des réalités construites sur des décennies. On espère des solutions simples à des problèmes complexes.

Mais la chute est toujours brutale car aucun régime ne peut répondre à une telle accumulation d’attentes. La déception s’installe rapidement, et avec elle, le retour du rejet et . "le cycle recommence.".

■ LE CERCLE VICIEUX : LE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE.

(1)▪︎ Rejet du présent,(2)▪︎ nostalgie du passé, (3)▪︎ utopie du futur, ces trois dynamiques ne sont pas indépendantes car, elles forment un système, un cercle vicieux qui structure, depuis 1958, notre rapport collectif au politique.
En effet, voici les étapes du cycle de ce processus: (a)-Chaque transition est vécue comme une rupture salvatrice.(b)- chaque exercice du pouvoir devient une déception.(c)- chaque chute nourrit une mémoire révisée et (d)-chaque nouvel espoir prépare une future désillusion.

Dans ce cycle, la responsabilité est partagée et, les dirigeants portent, bien entendu, leur part de responsabilité en termes : d’erreurs de gouvernance, de promesses non tenues, d’insuffisances structurelles.

Mais en réalité le peuple, dans sa manière d’attendre, de juger et d’oublier, contribue également à entretenir ce mécanisme.

Une nation ne peut progresser durablement si elle rejette systématiquement tous ses repères sans construire une culture politique cohérente.

■ LE MOMENT ACTUEL : ROMPRE OU RÉPÉTER.

La transition qui s’achève et la cinquième république qui démarre avec ses ambitions de poursuite de la refondation institutionnelle, et de réalisation de grands projets et programmes de développement comme SIMANDOU vision 2040 s’inscrit dans cette histoire longue.

Elle porte des espoirs, comme toutes celles qui l’ont précédée mais elle fait aussi face aux mêmes risques, celui d’être rapidement absorbée par le cycle de l’insatisfaction.

La véritable rupture ne viendra pas uniquement des textes, des institutions ou des dirigeants mais aussi d’un changement de posture citoyenne.
Soutenir ce qui mérite de l’être, critiquer ce qui doit être corrigé, mais refuser la tentation du rejet systématique.

Il ne s’agit pas de renoncer à l’exigence. Il s’agit de la rendre constructive. Il ne s’agit pas de cautionner les erreurs. Il s’agit de ne pas condamner sans nuance.
Le développement durable, tant invoqué, ne peut émerger dans un climat de défiance permanente. Il exige une forme de stabilité, de continuité et de responsabilité partagée.

■ SE REGARDER POUR AVANCER.

La Guinée ne manque ni de ressources, ni d’intelligence, ni d’énergie. Mais elle reste prisonnière d’un rapport instable à elle-même. Un peuple ne peut pas éternellement accuser tous ses dirigeants sans s’interroger sur sa propre culture politique.
Ainsi, changer de régime ne suffit pas. Encore faut-il changer de regard.

Une nation ne progresse pas en changeant sans cesse de pilotes, si les passagers sabotent chaque voyage. Il est peut-être temps, pour la Guinée, de sortir de ce triangle de l’illusion et d’entrer dans une ère de maturité politique.

L’histoire ne se répète pas par hasard et, elle se répète lorsque les leçons ne sont pas apprises.

AIMÉ STEPHANE MANSARÉ
Sociologue
Expert-consultant en sciences sociales du développement
PCA IPCJ-Guinée

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