
Par Huang Han, journaliste de l'Agence de presse Xinhua
Une amie m'a offert récemment un sac de grains de café d'une marque chinoise, dont le goût m'a grandement surpris. Je n'aurais jamais pensé que la qualité du café d'une marque toute locale puisse rivaliser avec celle de cafés haut de gamme.
Elle m'a confié qu'il s'agissait du produit de Coffee Z (Xiao Ka Zhu en chinois), une marque créée en 2021 dans la province chinoise du Hunan (sud), qui introduit des grains de café africains sur le marché chinois en communiquant directement avec les producteurs en Afrique.
"L'entreprise communique directement avec les propriétaires de plantations de café africaines par l'intermédiaire d'une plateforme commerciale en ligne, ce qui simplifie le processus commercial et réduit les coûts globaux", selon le fondateur de la marque, Jing Jianhua.
Aujourd'hui, la marque propose plus de 30 boissons à base de grains de café d'Ethiopie, du Kenya et de nombreux autres pays africains et compte près de 100 établissements à travers la Chine. Son succès repose sur des cafés aux arômes distinctifs proposés à des prix abordables.
"Grâce à la politique chinoise de suppression des droits de douane, le coût d'importation des grains a considérablement baissé", a souligné M. Jing.
Depuis le 1er décembre 2024, la Chine a accordé à tous les pays les moins avancés avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques un traitement de tarif douanier zéro sur 100% des produits, dont 33 sont des pays africains. A compter du 1er mai 2026, cette politique sera appliquée à tous les pays d'Afrique avec lesquels la Chine entretient des relations diplomatiques.
Pour Mbula Musau, fondatrice de l'entreprise kényane Utake Coffee, la Chine s'est imposée comme une destination prometteuse et de plus en plus incontournable pour le café de spécialité haut de gamme du Kenya.
"Avec la suppression des droits de douane, notre compétitivité en termes de prix s'améliorera considérablement", a-t-elle estimé.
Selon elle, les retombées de la politique devraient aller au-delà des simples volumes d'exportation. A mesure que les consommateurs chinois diversifient leurs préférences, la hausse de la demande devrait générer des retombées positives tout au long de la chaîne de valeur, ce qui profitera en fin de compte aux petits exploitants agricoles.

Sous l'impulsion des politiques préférentielles mises en place par la Chine, de l'ananas béninois aux produits horticoles du Rwanda en passant par le caoutchouc ivoirien, de plus en plus de produits africains de haute qualité entrent sur le marché chinois, offrant aux consommateurs chinois de nouveaux choix, ce qui en retour permet aux populations africaines d'en tirer de réels bénéfices.
La viande de mouton et de chèvre de Madagascar est l'un des produits ayant profité de cette occasion pour entrer sur le marché chinois. Présent pour la première fois à l'Exposition internationale d'importation de Chine (CIIE), cette viande a séduit les consommateurs chinois par sa qualité et sa faible teneur en graisse.
Selon Zhang Ting, directrice générale exécutive de la Sino-Malagasy Animal Husbandry (Madagascar) Co., LTD, ce pays africain insulaire a exporté environ plus de 700 tonnes de viande de mouton et de chèvre vers la Chine en 2025, bénéficiant directement à des milliers d'éleveurs malgaches.
Pour Etsara, un éleveur malgache de 43 ans, sa collaboration avec l'entreprise lui a permis d'agrandir son troupeau et de gagner un revenu annuel supplémentaire d'envion 1.200.000 ariary (environ 290 dollars). "La Chine a changé ma vie", a-t-il témoigné.
Pour valoriser pleinement le potentiel de l'élevage local, l'entreprise collabore avec les autorités agricoles locales pour introduire des élevages de qualité, tout en développant des industries connexes, comme la laine et les sous-produits du mouton, afin de maximiser la valeur du secteur.
"Aujourd'hui, un grand nombre d'éleveurs ont contacté l'entreprise pour rejoindre notre réseau de collaboration, qui ne cesse de s'étendre", nous a confirmé Mme Zhang.
La politique chinoise de tarif douanier zéro intervient à un moment où les pays africains ont particulièrement besoin de diversifier leurs partenaires économiques et d'obtenir de meilleures conditions commerciales, a estimé Amadou Magagi, expert à la Chambre de commerce et d'industrie du Niger. "Elle favorise la diversification agricole, renforce la compétitivité des produits africains et contribue à réduire le déséquilibre commercial structurel au bénéfice de l'Afrique."
Selon les données de l'Administration générale des douanes de Chine (AGD), les importations chinoises en provenance de l'Afrique ont dépassé 123 milliards de dollars en 2025, enregistrant une augmentation de 5,4% par rapport à l'année précédente, tandis que celles en provenance des 33 pays africains les moins avancés bénéficiant de la politique de tarif douanier zéro ont bondi de 9%.
"Au cours du premier trimestre 2026, les importations chinoises en provenance de l'Afrique ont augmenté de 14,6% par rapport à la même période de l'année précédente", a déclaré le porte-parole de l'AGD, Lyu Daliang, lors d'une conférence de presse du 14 avril.
"Il ne s'agit plus seulement d'importer, mais de promouvoir ensemble l'industrialisation", a indiqué Mabouba Diagne, ministre sénégalais de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Elevage. "La Chine est un partenaire stratégique, capable de stimuler la transformation structurelle de notre agriculture", a-t-il souligné.
C'est une occasion que les pays africains devraient saisir pour élargir leur accès aux marchés étrangers, a noté Leslie Dwight Mensah, économiste ghanéen à l'Institut d'études fiscales, qui voit en cette initiative chinoise une alternative face aux pertes potentielles dans la guerre tarifaire engagée par les Etats-Unis. Fin
